Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

L'écriture vue par les Télé-graphistes

il a été proposé aux Télé-Graphistes d'écrire... sur l'écriture! Comment vit-on le blanc de l'écran (ou de la page) avec en en-tête les quelques mots d'une consigne...?
Alain.







Dans le cadre d’un atelier d’écriture comme Télé-Graphe, le processus est assez invariable. Une consigne d’écriture, trois ou quatre mots, c’est toujours un défi. Une porte ouverte, mais si largement ouverte qu’elle invite au vertige. Alors c’est d’abord une sensation de vide qui se présente. J’ai l’habitude d’écrire sur un post-it la proposition d’écriture et de la placer en évidence à côté de mon écran. J’y pense chaque fois que mon regard se pose dessus. Et puis le moment vient où cette consigne m’évoque une situation. Le cadre alors apparaît. Il ne reste qu’à trouver la première phrase. Celle qui va entraîner les autres.
 Un jour, allez savoir pourquoi, je me lance. Les premiers mots sont suffisants pour m’entrainer. Et j’ai alors l’impression que le texte s’écrit seul. Une idée en fait venir une autre et je ne censure rien. Je laisse couler. Une thématique apparait parfois (le lexique d’un domaine particulier s’impose). Mais je sais que ce qui guide mon écriture ce sont des images comme une série de photos de lieux ou de personnages inconnus et qui pourtant, à ce moment, me paraissent familiers. La page écrite. Je ressens comme un soulagement. L’impression que quelque chose vient de sortir de moi. Quelque chose qui à la fois m’appartient et pourtant n’est pas moi. Relecture alors et premier nettoyage. Je découvre les répétitions, les mots qui jurent par rapport à l’ensemble, les maladresses les plus grosses dans le style. C’est le moment de laisser reposer.
Dans les jours suivant vient le vrai travail sur l’écriture. Je peux reprendre 5, 6, 8 fois le texte et toujours de nouveaux chantiers se font jour. Une modification en entraine une autre. Jusqu’au moment où j’ai l’impression non plus d’améliorer les choses mais de les torturer. Comme si, au lieu de nettoyer, je maquillais ce que j’ai écrit. Je sens alors que c’est le moment de laisser pour de bon le texte respirer comme il l’entend. Avant de le faire connaitre à d’autres personnes, une dernière relecture s’impose. Comme la dernière retouche que le peintre hésite à poser mais sans pouvoir encore lâcher son pinceau. Et puis c’est la mise à l’eau. Et vogue le navire…

Souris

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J'ai toujours écrit, c'est comme une fonction vitale, comme un morceau de moi, quelle que soit la forme, place, destination, que prend écrire dans les diverses périodes ou circonstances de ma vie.
Ce n'est pas laborieux, surtout dans le cadre qui nous concerne ici. 
Je lis le thème et hop, ça coule. 
Pas d'obstacle sinon celui de me dire que je ne m'applique pas, au détriment d'une qualité.
Pas de brouillon, d'hésitation, de correction.
C'est léger. Je n'ai rien, là, à expurger ni à prouver ou dévoiler de moi. 
J'invente un moment. 
Une atmosphère sans préméditation qui surgit, s'improvise dans mes lignes et que d'autres vont lire.
Je partage une proposition et me joints à un groupe de gens que je ne connais pas, pour en accompagner un et qui sait, me laisser prendre au jeu des découvertes et des surprises. 
C'est comme une petite cueillette bucolique, au hasard du chemin.
Je suis étonnée de voir nos disparités sur un même sujet proposé et ce que l'écriture peut dessiner de visages avec les mêmes mots à disposition. L'aspect ludique, grave, joyeux, thérapeutique, existentiel, parfois douloureux et autobiographique qui peut pointer entre les lignes. 
Voilà...

Zebulon

Les textes de chaque Télé-graphiste