Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Chapitre 5

Six mois plus tard, Michel songeait à sa nouvelle vie… est-ce vraiment de la chance, se disait-il ?
D’un certain côté, oui puisqu’il allait mieux… la vie lui avait donné une magnifique opportunité de dépasser le malaise qui l’habitait depuis si longtemps.
D’un autre côté, il se disait aussi que cette chance était le fruit d’une réflexion, d’une remise en cause profonde… il avait fini par accepter d’aller fouiller sa poubelle intérieure pour y faire le ménage…
Sa chance était qu’il se sentait protégé par une force supérieure, par la vie… Malgré cela, la chance ne l’avait pas exonéré de faire le chemin dans ce rendez-vous qu’il  avait avec lui-même.
Six mois plus tôt quand il s’était réveillé, Michel avait ressenti un formidable vent de liberté... Tout ce qu’il avait refoulé avait prit forme… il avait commencé à mettre des mots dessus… certes, il s’était fait aider, accompagner…
Chance ou coïncidence, en faisant du ménage,  il était tombé sur la carte d’une thérapeute qu’on lui avait conseillée quelques années auparavant et qu’il s’était bien gardé d’appeler… mais ce matin là, sans même réfléchir, il avait décroché son téléphone et une voix très douce avait répondu lui proposant un rendez-vous le jour même.
Dès qu’il l’avait vue, il avait su qu’il pouvait lui faire confiance et depuis il la voyait de façon régulière…la première fois, il avait raconté sans s’arrêter… elle avait écouté avec cette bienveillance dont elle ne se départait jamais. Puis au fur et à mesure des séances, par un jeu subtil d’associations, elle l’invitait à clarifier, à oser dire… sa relation à la mère, à son père… elle l’avait invité à pardonner, à se pardonner... Il avait fallu y revenir plusieurs fois pour pouvoir enfin prononcer ces mots magiques « je vous pardonne et je me pardonne »… il en avait ressenti une profonde libération… comme si tout un pan de sa vie se diluait dans l’univers…
Et puis un jour, Michel avait osé dire le fiasco de sa vie affective. Plutôt bel homme, il n’avait pas trop de problème pour séduire les femmes  ou plutôt pour être séduit par les femmes. C’est vrai qu’il les aimait, qu’il appréciait leur compagnie mais ce n’était jamais lui qui faisait le premier pas…
Il avait été marié mais ce mariage avait été pour lui une façon de rentrer dans le rang, de répondre à la pression familiale… Il avait rencontré cette femme dans le cadre d’une association de théâtre amateur… à la fin des répétitions, elle lui proposait d’aller prendre un pot... ils parlaient beaucoup… il se sentait aimé, mis en valeur… et puis un jour c’est elle qui avait pris l’initiative… elle l’avait entraîné dans une ballade nocturne et après avoir arrêté la voiture au milieu de nulle part, elle lui avait sauté dessus… il n’avait pas résisté lui qui n’avait jamais fait l’amour alors qu’il avait déjà 20 ans… Dieu merci, elle était experte. Elle avait pris la direction des opérations et il avait laissé faire. Cette première fois n’avait pas été géniale pas plus que les autres fois d’ailleurs.
Et puis il l’avait présentée à sa famille… et elle à la sienne. A croire qu’elles s’étaient alliées pour les obliger à se marier… « que diraient le voisinage s’ils savaient qu’ils couchaient ensemble avant le mariage »… « une fois mariés, vous pourrez faire ce que vous voulez »…
L’étau s’était refermé… bonjour Messieurs le Maire et le Curé… bonjour la famille et les amis… sourires béats et rires forcés, klaxons et flon-flon pour un jour inoubliable sans oublier d’évoquer et de reconnaitre l’ennui qu’il avait éprouvé tout au long de cette journée.
Michel se souvient qu’à deux heures du matin alors que la fête battait son plein, il n’avait qu’une envie, aller se coucher et dormir ce qu’il fit une heure plus tard sans même honorer sa nouvelle épouse.
 Trois ans plus tard, ils se séparaient  à la grande honte de toute la famille qui jeta son opprobre sur ce garçon décidément pas comme les autres.

Eddy

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