J’ouvre les yeux, la lumière m’agresse, je cligne des yeux afin d’essayer de dissiper ce voile qui m’embrume. Instinctivement j’essaye de porter les mains au visage pour me frotter les paupières. Mes bras pèsent de tout leur poids et retombent brutalement de façon anarchique le long de mon corps. Ma vision s’éclaircit. Je ne vois qu’un plafond blanc. Je suis allongée. Je suis nue. Je suis seule. Mes longs cheveux blonds forment un casque rigide autour de ma tête. J’ai peur. Où suis-je ? J’entends des pas. Tout va trop vite dans ma tête. J’essaye de me redresser, en vain. Puis, je surprends un visage effrayant, deux grands trous noirs et un sourire carnassier qui semble lui manger toute la face, penché au-dessus de moi. Je cligne de nouveaux plusieurs fois des yeux pour effacer cette apparition monstrueuse. Mes rétines s’habituent progressivement. C’est une femme. Souriante. Belle. En blouse blanche. Une infirmière. Je suis sans doute à l’hôpital. Oui ! C’est ça je suis à l’hôpital ! Pourtant je n’ai pas mal.
Je veux lui parler, mais un son inhumain et inintelligible sort de ma bouche. Elle me saisit délicatement le bras, me caresse, me calme. Ne paniquez pas, tout va bien, vous êtes entre de bonnes mains. Il va vous falloir beaucoup de courage et de volonté. Vous avez eu un accident d’auto, Lyse.
On me déplace, ailleurs. Où ? Je ne sais pas. J’ignorais de toute façon où j’étais précédemment. Cette fois, je ne vois qu’un plafond jauni. C’est triste.
Je suis allongée, je ne vois personne. Je veux me lever. Je rassemble mes forces, je me soulève, je me laisse glisser le long du lit en m’agrippant aux draps, j’essaye de me redresser, et retombe lourdement sur le sol sans un cri. Je crois que je me suis fait mal. A mesure que j’essaye de déglutir un goût de sang envahi ma bouche. Je tente de me relever. C’est trop dur. Si la volonté suffisait… J’essaye d’appeler, seul un râle sort... Si la volonté suffisait…
Tout à coup, deux, trois puis quatre personnes se précipitent dans ma chambre. Elles crient, gesticulent, m’invectivent. Puis elles me recouchent et me sanglent au lit. Tout va vite, trop vite. Je n’avais pas compris. Je veux leur dire…Mais rien… Rien qu’un râle… Si la volonté suffisait…
Au fil des jours, je ne suis plus qu’une jolie poupée désarticulée entre leurs mains. On me lave, on me donne ma bouillie, on me torche…
On me déplace de nouveau, ailleurs. Où ? Je ne sais pas. J’ignorais de toute façon où j’étais précédemment. Cette fois, je suis assise sur un fauteuil roulant. Et pour voir le plafond je dois lever la tête, il est blanc cassé.
Mes idées s’éclaircissent petit à petit. Je suis présente. On me parle. On me motive. Je m’implique. C’est dur. C’est long. On m’aide. On me demande des efforts. Je progresse. Je partage ces efforts avec d’autres poupées. On rit beaucoup. On pleure aussi. On espère tous y arriver.
Puis, je me déplace, ailleurs. Où ? Je ne sais pas. Mais cette fois je suis débout, vacillante mais debout. Je lève les yeux, le ciel est d’un bleu profond. Il va vous falloir encore beaucoup de volonté Mademoiselle. Aujourd’hui je sais, mais la volonté n’est rien sans l’espoir.
Dragibus
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