Mon cher Jean Edouard... très cher Jean Edouard,
Pourquoi le cacher plus longtemps... je vous aime.
Je suis surprise de mon audace et je prie pour que vous pardonniez cet aveu.
J'espère que vous comprendrez que je ne puis plus vivre dans la prison de ce secret.
Mon père me répudierait s'il apprenait l'inconduite que représente cette confession.
Aussi, je vous prie, si vous avez un peu d'égard pour moi...ce qu'il me semble percevoir lorsque vous nous rendez visite au château et que nous partageons ce longues promenades familiales dans le parc, de m'épargner le courroux paternel s'il venait à apprendre, par votre bouche (oh... bouche tant désirée...) cette liberté, certes indigne de ma condition, que je m'accorde.
Cela remonte à septembre, la première fois que vous êtes venu rendre visite à père pour convenir de l'achat du manoir de Briard, laissé sans héritier par mon défunt oncle Charles Victor. J'ai cru défaillir en vous apercevant assis face à la fenêtre donnant sur les rosiers, fumant un cigare, la main nonchalamment posée sur votre jambe droite, vêtue d'une étoffe claire, tranchant avec la botte de cuir brun.
J'en rougis... J'ai imaginé cette main dénudée puis parcourant mon corps avec fièvre.
Vous étiez installés tout deux au petit salon jaune.
La lumière de cette fin d'après midi automnal, offrait tout son or à votre beau visage.
Maman, amusée de surprendre mon émoi (maman est une grande amoureuse!), me confia de vous apporter le thé sur le guéridon marqueté pour mon père par l'habile artisan Louis Pommier.
Vous avez peut être perçu mon trouble lorsque j'y ai posé le plateau d'argent, rougissante et tremblante.
J'aurais voulu à cet instant fondre entre vos bras.
C'est alors que j'ai vu votre bouche, vos yeux noirs, et ce sourire délicieux qui me met, alors que j'écris, la chair en vertige.
Vous m'avez souri, si délicieusement, j'ose dire... comme une invitation.
Peut être que mes sens m'égarent...
Je portais ma robe de soie brune, bruissante, ouvrant un large décolleté. J'ai senti mes seins se gonfler de désir et ma respiration s’accélérer, un doux vertige dans le bas de mon ventre.
Mes cheveux et mes lèvres m'ont semblé pris de folie, comme froissés sous vos caresses, dans vos baisers.
Mes yeux se sont posés... Ho ! Pardonnez moi Mon Dieu, ou l'enfer m'est promis... sur le haut de votre cuisse tendue, j'y ai souligné du regard le volume de … C'en est trop, je ne peux dire.
J'en tombe d'émoi à y songer et de honte à écrire cette image.
Je suis à vous, si vous voulez de moi.
Oui, pourquoi le cacher plus longtemps... J'en perds la raison.
Si vous me refusez, je ne vous importunerai pas, mais sachez que ma vie sera consacrée à Dieu dans les ordres, la seule issue possible à un refus de vous et ainsi expurger ces pensées, pêchés extravagants.
Mais si vous voulez de moi comme femme, je serai votre amante fervente.
Et vous jure amour et fidélité jusqu'à mon dernier souffle.
Votre, pour l'éternité
Jeanne Désirée De la Combre Melvieux
ZEBULON
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