Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Il y a des jours où tout semble commencer mal. Je me réveille tôt. Je me réveille toujours tôt depuis quelques années. Mais voilà, comme une fatigue déjà, ou plutôt une paresse, est là qui me retient. Je sens que la journée me paraitra longue.
Bon. Mon café. Que je prends décaféiné. Quelques rangements sans enthousiasme. Et puis mes mots fléchés, comme une bouée destinée à me faire oublier le temps qui est vide.
Mais, même ça, n’arrive pas à combler le creux. Je sais qu’il va falloir que je passe par la salle de bain, que je remette ma robe d’hier, parce que  pourquoi changer ?  et je traîne.
Ce matin donc, c’était jour gris.
En sortant de la maison pour aller au pain, j’ai croisé Victor. Il habite juste en face de chez moi et rythme avec régularité sa journée en promenant inlassablement un chien aussi poussif que lui. Il m’a saluée d’un geste vague et j’ai eu le réflexe d’un maigre sourire pour lui rendre son bonjour.
Il y avait du soleil ce matin. L’été s’attarde et j’ai bien senti une douceur dans le dos qui me faisait du bien. Les choses les plus simples sont souvent les meilleures.
A la boulangerie Coste, un couple d’étudiants riait en choisissant des croissants. « Non, pas celui-là, il est trop cuit ».  Et moi j’attendais. Lorsqu’ils sont sortis de la boutique, je les ai suivis du regard et Madame Coste, en rangeant sa monnaie, a commenté : Ces deux là, ils s’aiment, ça se voit !
Je ne sais pas pourquoi, cette phrase a retenu le haussement d’épaules qui me venait.
Mes pas se sont dirigés alors vers le marché couvert. Non pas que j’aie quoi que ce soit à y prendre. Je fais toujours mes achats le mardi matin parce que le lundi tout est fermé et le lendemain je sais que je trouverai des produits plus frais. Mais c’est beau un étalage de légumes. Si, si. Je vous assure. Les couleurs vous sautent aux yeux, les odeurs viennent les accompagner et le geste de la commise dispersant un peu d’eau fraiche sur les salades ouvertes comme des fleurs me fait toujours penser à une bénédiction. Alors je m’attarde. Je cherche du regard s’il n’y a pas là une personne connue avec qui faire un brin de conversation. Nelly et sa canne qui tous les jours se force à marcher un peu pour que ses jambes ne finissent pas par ne plus lui obéir. Ou Madame Cohen qui se fait teindre les cheveux en bleu argent depuis qu’elle est veuve. La pauvre femme semble avoir tout à coup retrouvé un air de jeunesse, si j’ose dire, depuis qu’elle n’a plus à s’occuper d’un époux impotent.
Bavarder fait du bien. Même si l’on n’a pas grand-chose à dire. On échange quelques mots sur la santé, on écoute une anecdote sur les petits enfants de l’une ou de l’autre, on sourit en hochant la tête. Et on repart un peu ragaillardi parce que tant qu’il y a des choses à partager la vie est là.
En rentrant chez moi, j’ai vu que le facteur était en train de nourrir nos boîtes à lettres. Il m’a tendu une enveloppe en me disant : Vous voulez une facture de plus ? Et il m’a arraché le premier petit rire de la journée.
Dans l’enveloppe il y avait une carte postale d’une magnifique plage ombrée de cocotiers. Au dos, mon fils avait écrit quelques lignes, son épouse m’envoyait des pensées chaleureuses et leur fille avait complété l’espace libre avec le dessin d’un cœur colorié en rouge. Cette petite Sandra est un concentré de joie de vivre. Je n’arrivais pas à poser cette carte et à passer à autre chose.
Alors sans y avoir réellement pensé, j’ai décroché mon téléphone et j’ai composé le numéro de mon fils. Je savais qu’ils venaient juste de rentrer de l’Ile Maurice.
C’est une voix claire et joyeuse qui a répondu. Sandra a crié : Mamy !
Il y a des jours où le soleil se lève tout doucement et où mille détails donnent envie de lui dire merci.

Souris

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les textes de chaque Télé-graphiste