8ème épisode
Montluçon Samedi 17 octobre 1914
Ambiance lourde, tendue, électrique à Montluçon. Ca sent le soufre.
Grand père Germain est effondré dans un fauteuil, épuisé par un voyage à vive
allure. Il tient encore entre ses doigts la lettre qu’il a amenée et qui a
circulé de main en main, chacun voulant voir de ses yeux l’incroyable.
Michelle Bailly ne tient plus en place.
- Je le savais, je m’en doutais que ça allait
arriver. Une mère sent toujours ce genre de choses.
Suzanne
est restée en retrait, n’osant pas prendre part à la discussion,
consciente que la moindre parole maladroite peut déclencher la colère rentrée
de sa mère. Au fond c’est elle la moins peinée de cette situation. Elle a
revêtu sa robe de demoiselle d’honneur et réalise qu’elle va pouvoir maintenant
être sur le devant de la scène.
Monsieur Bailly tente de dédramatiser:
- Au fond ce n’est sans doute que partie remise, si Estelle a choisi
d’aller soigner les blessés au front, c’est tout à son honneur. La fête à son
retour n’en sera que plus belle, et…
Il s’arrête brusquement
foudroyé par le regard de son épouse.
Son visage tendu se met à trembler légèrement, ses yeux se remplissent de larmes, et elle se jette dans les
bras de son fils.
Franck qui parlait à voix basse avec son ami Jean François, la serre
gauchement contre lui l’air un peu gêné.
C’est Jean François qui
prend la parole.
- Puisque le mariage est reporté, Franck et moi venons de décider que
nous aussi nous allons nous engager et rejoindre nos camarades.
Michelle Bailly relève la tête, essuie une larme, et d’une voix brisée,
- Mais qui va payer tout ça…
Epilogue
Monsieur Grasset s’était callé dans son fauteuil dans
l’attitude de celui qui à l’habitude de prendre à la fois de la hauteur et du
recul.
Après un silence qui me sembla interminable et pendant
lequel il feuilletait d’un doigt mon « œuvre » comme s’il voulait se
faire de l’air, il leva les yeux vers moi.
M’attendant au pire, je restais relativement serein.
« Vous arrivez avec un bon siècle de retard mon jeune
ami. » Cet adjectif me fit sourire. Il poursuivit.
« Il y a fort longtemps qu’on ne publie plus ce genre
de bluette dans les quotidiens du soir. En outre c’est écrit « de l’extérieur » comme si vous
n’étiez que simple spectateur au lieu de faire vivre et agir vos
personnages. Enfin, en étoffant un
peu votre texte vous pourriez peut être le proposer pour un interlude télé.
Ceci dit, j’espère que vous avez une grande famille et de nombreux amis car
vous ne ferez quand même pas péter l’audimat. »
J’en avais assez entendu.
Décidément ce magnifique roman resterait définitivement
exposé dans ma seule bibliothèque.
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