D'où
venez-vous ? Qui êtes-vous au juste ? Je me souviens de quelques
bribes de moi. J'ai été facteur. Incorruptible. Et pourtant Dieu sait s'ils ont
essayé de me soudoyer. Je suis dans cette maison avec cette dame que vous
appelez 'man ou mamie. C'est ma conquête ; ma femme ; ma petite
Belge. Elle ne dort plus avec moi. Je fais une tanière avec ma couette. Elle se
terre dans la chambre d'à-côté. Chaque matin, je tente les grandes
illuminations. Elle est très belle cette demeure toute allumée dans la nuit. Il
me faut me balader. Ne jamais rester assis. Ne pas mourir ainsi. Ne pas perdre
la marche. Dès quatre heures, je mets ma première chemise. Dès quatre heures
quart la quatrième avec un deuxième pantalon. Comment sortir ? La porte
est fermée. Je vais ouvrir cette autre porte. Un loquet coince sa partie haute.
J'ai oublié. Je vais allumer les dernières petites lumières, une lampe de
bureau, ma lampe frontale, cette lampe de poche. Je n'allume pas ce grand
rectangle de lumière. C'est celui qui éclaire le plus, qui allume la nuit de
mille feux mais trop de personnes apparaissent, trop de ces êtres pourraient en
sortir. Je ne veux pas avoir à saluer toutes ces personnes comme toutes celles
qui ouvriront la porte, un peu plus tard, quand le soleil sera levé.
Je n'aime
pas beaucoup que ces personnes me tutoient. Je demande à cette dame :
« C'est mademoiselle ou madame ? » Elle répond :
« C'est mademoiselle papi ! » sur un ton badin. Je lui signifie
néanmoins qu'elle est fort jolie. Ce qui la fait rire, d'un air un peu gêné.
Puis je passe à autre chose.
Il
est quatre heures et demie. Je ne le sais pas. J'ai simplement faim. J'ai
oublié ce couscous réchauffé de 18h, juste avant que je tente d'aller me
coucher. Je suis monté, un jeune homme blond m'a dit de descendre, que ce
n'était pas l'heure. Du grand rectangle sortait des tas de personnes. Une
grande fille blonde qui semblait irréelle. Un homme et un chien parlant à une
foule. Soudain la foule s'est présentée dans ma pièce, là où j'avais l'habitude
de me retirer sur un fauteuil. Je suis donc remonté me protéger dans la chambre
où nulle foule n'est encore apparue. L'homme blond est revenu. Je ne lui ai pas
obéi tout de suite. « Allez papa, descends dans le salon, les cousins sont
encore là et après tu pourras dîner. » Encore une ruse pour me ramener
devant ces foules et ces scènes de guerre qui parfois se déroulent dans le
salon. Le plus difficile, c'est quand toutes ces personnes se mettent à
chanter. Ne peuvent-elles pas le faire ailleurs que dans ma pièce ?
Je me
retrouve à côté de la chambre, dans cette autre pièce. Je fais couler de l'eau,
j'en répands sur le sol. Je patine. J'oublie d'abord de descendre. Je finis par
retourner voir si tous ces intrus ne nous veulent pas de mal. Que font-ils
autour de ma femme ? Est-ce bien « ma » femme d'ailleurs ?
Parfois, je mets un peu de mystère dans mes yeux. Quand je
reconnais l'un d'eux, mes yeux clairs se mettent à pleurer, légèrement. Tout
cela ne dure jamais bien longtemps. Je passe à autre chose, toujours dans
l'action donc. Toujours prêt à distribuer ce courrier qu'on ne me confiera plus
jamais. Je suis dans mon univers mais j'observe le vôtre, je ne m'en moque pas.
Je constate juste qu'il m'a créé. Que vous laissez mon corps se faire laver par
d'autres mains que celles de la famille. Qu'il vous faut préparer ma mise sous
tutelle. J'y pense et puis j'oublie.
Nolimette
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