Chapitre 7
Et son père avait écrasé sa cigarette puis s’était approché et l’avait serré dans ses bras. «Je t’aime Michel comme j’aime chacun de tes frères et sœurs… Je suis fier de toi… tu fais ce que je n’ai jamais osé faire... merci.» Lorsqu’il se desserra, Michel vit que son père avait les yeux rougis… Après cela, le père se tourna vers la mère et lui dit «toi aussi je t’aime toujours après toutes ces années même si parfois pour ne pas dire souvent, tu me les brises menu, menu.» La mère voulut rétorquer mais il la stoppa net… «Tais-toi, cela t’évitera de dire des bêtises plus grosses que toi… et si on buvait un coup pour fêter cela, qu’en pensez-vous? »
Chacun reprit sa place autour de la table. Ils trinquèrent sans doute pour la première fois sans faux semblant, un peu secoué par cette scène inimaginable une heure plus tôt. Michel posa la main sur le bras de son père et lui dit «merci… merci papa.»
C’est ce jour là qu’il l’avait rencontré… combien de fois Michel était-il sorti dans ces boites gays parisiennes, la culpabilité au ventre?… Il y arrivait toujours tôt, dans les premiers et repartait deux heures plus tard quand la boite se remplissait après la sortie des bars… regards croisés, frôlements, caresses furtives ou baise rapide dans une cabine sombre, inconfortable qui laissait peu de place à la sensualité… et retour à la maison, frustré, triste, un rien de dégoût et plein de regret…
Mais ce soir là, en quittant ses parents, Michel avait envie de faire la fête, de s’amuser. Des amis lui avaient parlé d’un lieu sympa où les garçons dansaient ensemble valse, tango, rock, paso, chacha… Deux heures plus tard, il poussait la porte de cet endroit situé aux portes de Paris… Ambiance de bal populaire comme ceux de son enfance lorsque sa mère lui avait appris à danser, des couples de garçons évoluaient sur un air de valse viennoise. Rires des plus maladroits, plaisir sérieux des plus habiles se mélangeaient à des effluves parfumées qu’il reconnaissait comme «Habit Rouge» de Guerlain ou «Pour un Homme» de Caron.
Il fut rapidement abordé par un homme jeune aux cheveux grisonnants, bien bâti.
«C’est la première fois que vous venez, je ne vous ai jamais vu.» dit l’inconnu…
«Oui première fois et j’en conclus que vous êtes un habitué» rétorqua Michel.
«Exact, j’aime cette ambiance chaleureuse, j’adore danser et vous?»
«Moi aussi même si je n’ai jamais dansé avec un autre homme…»
«Je peux vous initier»
«Si vous voulez mais je guide» s’empressa de répondre Michel.
«Cela ne me pose pas de problème et si cela vous fait plaisir, alors je m’incline»
«Vous prenez un risque» dit Michel.
«Lequel? Celui de vous séduire?»
Michel rougit et l’inconnu sourit…
«Excusez-moi, je ne suis pas présenté… Hadrien avec un H et vous?»
«Comme celui de Marguerite Yourcenar, j’ai beaucoup aimé ce livre… Enchanté Hadrien avec un H, moi c’est Michel»
Hadrien s’inclina tout sourire devant Michel et lui tendit la main «En piste pour ce slow, pas mal pour se mettre en jambe»
Michel se retrouva dans les bras d’Hadrien au son d’un air des années 70 «J’y pense et puis j’oublie» chanté par Claude François.
Eddy
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