Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Afrique. Ta danse m'entraînait. Afrique. Les stéréotypes sont restés. Pays imaginaires, hommes fiers. Pays violés, hommes déboussolés. La nuit est tombée, la chaleur s'obstine. Les cases brûlent le long de la voie de chemin de fer. On enlève les toits des cases. C'est la tâche des femmes. Vous diriez « maîtresses de maison ». Hors les murs de latérite, seule la paille de nos toits peut brûler aisément. Ce ne sont pas nos calebasses, nos bouteilles de verre ou nos marmites en terre qui redoutent les flammes. De nos petites maisons blotties en concession, seuls les toits ont de la valeur. On les replacera après la braise.

D'expérience, on sait qu'on ne peut rien éteindre. Qu'il faut laisser la flamme poursuivre son chemin. Que le feu de brousse est le plus ravageur. Il entre dans nos villages et détruit quelques murs. Hommes jamais. Nous avons appris à fuir sa chaleur. 

Ce ne sont pas les yeux des toubabous qui nous feront changer. Plus maintenant. On ne va pas se lancer dans la construction d'un réseau de bouches à incendie. Rouges pour votre plaisir. Un réseau au milieu de la voie de chemin de fer entre la grande ville et la frontière. De l'eau là où elle a toujours manqué entre la capitale et l'autre bout du pays. Tel que vous nous l'avez taillé.

Ce découpage explose. Les lignes fuient. Les hommes restent. Vous êtes partis. Il y a bien longtemps déjà. Rentrés en métropole, la mère patrie. Notre marraine. Bien esseulée. Décolonisés, nous sommes restés sous nos arbres à palabres. Assemblées de vie, délibérations sans fin, mots échangés sans chahuter.  

Moquez-vous de l'invocation des esprits. Le baobab veille.
Vous ne voyez que désillusion et désemparement.  Nous choisissons de voir loin. Les ancêtres nous accompagnent. Ils sont notre force. Quand ils commandent au feu, on s'incline. Chercher les enseignements dans la chaleur vive et les flammèches de couleur. Pas de causes. Pas de prédestination. Un enseignement, une manière d'apprendre par la vie.

Si les esprits avaient brûlé ta case. Si la force de l'esprit avait rompu tes plans. Humble tu serais. La perte matérielle ne nous trouble pas. Les biens sont humains. Et les bibliothèques brûlent. Un homme qui meurt et c'est une bibliothèque qui brûle disait Hampâté Bâ. Il aurait pu ajouter que ses mânes restent toujours au pied de son arbre. Un monde de sensations et de pensées sensibles. Un monde végétal de transmission. Tu vois cet arbre, ces couleurs dans le ciel de brousse. Laisse toi envahir par son enseignement. Élève-toi par sa seule incantation. 


Nolimette

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