Chapitre 6
« Pas comme les autres, pas comme les autres »… ce thème avait été récurent durant toutes ces séances avec la thérapeute… "Pas comme les autres" était devenu comme une entité avec laquelle Michel jouait à cache-cache ou à je t’aime moi non plus… Que d’énergie gaspillée, que de souffrance, que de larmes recueillies dans les kleenex qu’elle lui passait discrètement… Il se disait que s’il avait versé tous ces pleurs dans le désert, il aurait pu y faire pousser de nouveaux oasis.
Mais elle l’avait encouragée à aller à la rencontre de cet autre lui-même et Michel avait fini par l’accepter et pactiser. « Pas comme les autres » s’avérait plutôt sympathique, inattendu, créatif et source de joie. Au fur et à mesure de ces rendez-vous, il se sentait de plus en plus unifié, pacifié.
Les séances s’espacèrent peu à peu… Il se souvient du jour où il était arrivé en lui disant « je vais arrêter »… Sa décision s’était imposée à lui suite à un rêve qu’il avait fait…
Dans ce rêve le visage d’un jeune homme apparaissait, serein, au milieu d’un univers tourmenté. Ce visage émergeait d’une sorte de magma, se libérant de sa gangue… des petits diablotins enflammés semblaient s’en échapper et ce visage s’appuyait contre un arbre solidement enraciné.
Quand elle lui avait demandée ce que cela évoquait pour lui, il lui avait répondu qu’il était ce jeune homme qui avait trouvé une forme de sérénité, que ces petits diablotins représentaient toutes ses peurs dont il s’était libéré et que l’arbre était à la fois les racines qu’il avait enfin trouvé et les branches prêtes à porter les fruits de sa métamorphose.
Elle avait acquiescé et répondu qu’il pouvait s’arrêter, qu’il avait les moyens de vivre et d’assumer sa vie en accord avec ses choix et ce qu’il était. Elle avait ajouté qu’il pourrait toujours appeler, elle serait là s’il en éprouvait le besoin.
Lui qui s’était vécu si longtemps vilain petit canard se sentait devenir un beau cygne… il comprenait pourquoi ce conte d’Andersen l’avait fait si souvent pleuré.
Il accueillait enfin la vie, la regardait avec gourmandise, la respirait avec passion… il éprouvait cette sensation d’avoir les pieds dans ses chaussures, bien posés dans le sol ce qui lui donnait une force extraordinaire et celle de vivre au présent… Il en avait profité pour faire des mises au point avec ses amis, en avait éliminé quelques uns…
Sa famille avait été mise à l’épreuve… il avait réunis, frères, sœurs, père, mère et leur avait raconté ce qu’il avait traversé se gardant bien d’accuser qui que ce soit… et puis il en avait profité pour affirmer ses choix et notamment celui qu’il avait refoulé depuis si longtemps, source de son mal être.
Il avait dit qu’il était gay… sa mère avait enchaîné en disant qu’elle aussi, elle aimait s’amuser, que c’était une qualité dans la famille depuis toujours… alors il l’avait reprise en lui disant « Maman, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… je suis homosexuel, j’adore les femmes mais je préfère coucher, dormir avec un homme, tu comprends mieux comme cela? ». S’en était suivi un long silence... frères et sœurs s’observaient discrètement, le père avait allumé une cigarette… la mère s’était mise à pleurer et tout en reniflant avait ajouté «Qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu et que vont dire les voisins»…
Michel s’était levé, l’avait prise par les épaules et lui avait dit « Maman, je ne t’autorise plus à me faire ce genre de remarque... Tu n’as rien à te reprocher… ton Bon Dieu n’y est sans doute pour pas grand-chose et si toutefois, il te parlait, la seule chose qu’il te dirait serait d’aimer ton fils avec ses choix… comme lui t’aime, vous aime après avoir pardonné. Elle regarda le père qui ajouta en tirant sur sa cigarette «Notre fils a raison et on emmerde les voisins».
Eddy

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