Londres le 14 Octobre 1914
Depuis un an que Jean-François s’est exilé en Angleterre, il ne s’est guère passé de jour sans qu’il pense à Suzanne. Les avances faites à la sœur de Franck semblant sans avenir, sa décision de partir pour Londres aurait du lui permettre de tourner définitivement la page. Et pourtant. Si la volonté suffisait, il aurait été guéri de cette aventure, ne serait-ce que par l’énergie déployée pour s’intégrer dans cette ville tellement différente de Montluçon.
Lorsque, en souvenir des inondations de 1910, le Ministère des Travaux Public à décidé de missionner un architecte pour faire une étude sur la construction des ponts de Londres sur la Tamise, Jean-François a immédiatement vu l’opportunité d’un changement d’air salutaire.
Certes, l’arrivée à Londres, l’installation, l’organisation de son travail lui ont beaucoup changé les idées mais peu à peu le souvenir de Suzanne s’est à nouveau manifesté. Sa fierté lui interdisant de lui écrire, il comptait bien sur le temps pour que la plaie se referme.
Et voilà maintenant que Franck, son ami le plus proche, lui demande d’être le témoin de son mariage. Après beaucoup d’hésitation et un long temps de réflexion, il a accepté. Il s’est dit qu’il ne pouvait refuser ça à son ami et que ce serait aussi l’occasion de revoir sa famille, mais au fond de lui même il sait bien que Suzanne sera là et qu’il n’a pas perdu espoir.
La décision prise et son accord confirmé par télégramme, il faut maintenant s’organiser. La situation internationale n’est pas particulièrement propice aux voyages. Les Allemands voulant empêcher les Britanniques de débarquer, Calais et Dunkerque sont à éviter. Il prendra un bateau pour Bordeaux et rejoindra ensuite Montluçon par Limoges ou Clermont Ferrand. La communauté britannique ayant toujours été présente en aquitaine, la liaison maritime est assurée, mais pour le reste du voyage ce sera l’aventure.
Demain à sept heures il sera à l’embarcadère, aussi dès cet après midi il va chercher un cadeau pour Franck mais aussi bien sur pour Suzanne. Pour Franck ce sera un chapeau melon à bord retourné comme les anglais en raffolent. Après mure réflexion ce ne sera pas un bijou qui aurait été trop prétentieux mais aussi un chapeau pour Suzanne. Il le faudra léger gai et fleuri, et plutôt plat par commodité pour le voyage.
C’est sur un bateau français, le caboteur Anjou que Jean-François fera la traversée. Se sachant le pied fort peu marin, son appréhension du voyage se double de l’inquiétude de l’état de la mer en cette saison. Dans trois jours, si Dieu veut, il sera à Montluçon auprès de Franck et Suzanne, cela mérite bien un effort sur soi même.
Il ne connait pas encore Estelle que Franck a rencontrée à Vichy, mais il sait qu’il sera accueilli à bras ouvert par les parents Bailly et croit pouvoir compter sur la mère de famille pour faciliter l’approche de Suzanne.
A suivre…
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