Chapitre 2
Rentré chez lui, il s’enferme à double tour, ferme ses volets, débranche son téléphone et se fait couler un bain… aucune envie de rencontrer qui que ce soit ; aucun envie de se faire toucher lors d’un massage au hammam de la Grande Mosquée… un seul désir apparu sur le chemin du retour ; être chez lui, seul.
Couché sur le canapé du salon, il se dit qu’il va dormir. Une heure plus tard, il ne dort toujours pas et son bain s’est refroidi… tant pis, il se verse un verre de vin blanc, du Tariquet, celui qu’il préfère.
Cette heure, il l’a passée à réfléchir pour parvenir à la conclusion qu’il ne pouvait plus fuir.
Pour autant qu’il s’en souvienne et pour être sincère, ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve dans cet état… et jusqu’à présent, il s’est débrouillé pour fuir d’une manière plutôt agréable et sympathique malgré certain moments d’inconfort et malgré un certain mal être… Mais il se rend compte que les crises se rapprochent et gagnent en intensité.
"Ok se dit-il, si j’accepte, si je ne résiste pas cette fois, que peut-il se passer ?"
"Que veux-tu qu’il t’arrive ?" lui répond une petite voix.
"Je peux devenir fou, je peux me pendre, je peux…"
"Arrête ton scénario catastrophe, s’il te plaît" reprend la petite voix
"Alors que dois-je faire ?" dit Michel sur un ton agacé
"Rien d’autre que de laisser faire, de lâcher" dit la petite voix
"Tout lâcher comme cela à l’instant, plus facile à dire qu’à faire" rétorque Michel
"Qui t’empêche de le faire ?" lui dit-elle
"Oui je sais, cela ne dépend que de moi" répond-il
"Alors tu y vas ou tu résistes encore une fois ?"
"J’abdique" dit Michel
"Je ne demande pas d’abdiquer, je te demande de faire un vrai choix en conscience, cela se résume par « Je fais le choix d’aller visiter mon mal être »… Sinon tu t’enivres comme tu sais si bien le faire mais je te préviens, ce sera de plus en plus difficile"
Après un petit temps de silence….Michel murmure "Ok je choisis d’aller visiter mon mal être"
"Avec un peu plus de conviction" insiste la petite voix
Michel le répète en appuyant sur chaque syllabe comme pour s’en convaincre, comme pour l’incarner, la ressentir de l’intérieur.
"Parfait… Installe-toi, détends-toi et laisse faire"
Michel se love dans le fond de son fauteuil.
Depuis quelque temps, il avait appris à vivre avec cette petite voix… au début, cela lui avait paru étrange… et puis il s’était rendu compte qu’elle était plutôt juste dans ses préconisations… à chaque fois qu’il avait décidé de n’en faire qu’à sa tête malgré les informations qu’elle lui avait soufflées, il s’était planté…
Dans son fauteuil, c’est toute sa vie qui se met à défiler… Michel est haletant, il transpire, il se sent aspiré comme dans un trou noir et sa vie apparaît dans ses moindres détails.
Soudain, il se retrouve enfant… il se querelle avec sa mère pour quelque chose qu’il vient de lui dire…elle lui demande d’aller se coucher, sans manger ; « ce sera ta punition » lui dit-elle et d’ajouter « tu verras quand ton père rentrera et que je lui raconterai…. »
« Mais c’est dans ma tête depuis toujours », se défend le petit Michel… « je n’y peux rien, je ne l’invente pas… Il faut réussir sa vie pour réussir sa mort » ce sont mes anges qui me le disent. Et je ne veux pas ressembler à tous ces gens tristes qui nous entourent »
« Cet enfant est fou », hurle sa mère, « il faut que tu fasses toujours autrement que les autres… mais qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir un gosse comme cela » dit-elle en le giflant violement et en l’enfermant à double tour dans sa chambre.
Le petit Michel se retrouve seul dans le noir, en pleurs… il se sent trahi, abandonné…
Michel ouvre les yeux en pleurs et se rend compte que depuis ce jour-là, depuis l’âge de dix ans, sa vie a basculé dans une lutte permanente avec lui-même, son entourage et plus encore avec la vie.
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