Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Chapitre 3

Il se souvient qu’avant cet évènement, il était un enfant joyeux, créatif… la vie coulait chaudement  dans ses veines et tout lui semblait simple et facile…
Il se sentait tellement différent dans ce milieu qu’était le sien… différent de ses frères et sœurs, différent de ses parents, différent des enfants qu’ils côtoyaient lorsqu’il descendait jouer avec eux dans le parc contigu… leurs jeux n’étaient ces jeux… jouer à la guerre, jouer au foot ne l’intéressait pas… il préférait donner des cours de danse à quelques filles qui le rejoignaient et en quelque sorte l’adulaient.
Les autres garçons se moquaient de lui mais il n’en avait cure… sachant qu’il les retrouvait régulièrement avec ses billes pour des compétitions enragées… quoi de mieux pour faire la paix jusqu’à la fois suivante…
Il aimait sa mère qu’il s’empressait de rejoindre le matin dans son lit une fois le père parti travailler. 
Il se blottissait contre elle et se battait la place avec ses frères et sœurs… il ne gagnait pas toujours mais pour rien au monde il n’aurait renoncé à ses rendez-vous matinaux… la mère souriait entouré de sa nichée, prodiguant sourires et caresses.
Le père travaillait à l’usine, rentrait après des journées harassantes, parlait peu. C’était un inquiet, mal assuré dans sa vie et qui ne savait pas exprimer ce qu’il ressentait… alors entre lui et son père, ce n’était pas facile… le père sanctionnait souvent de manière maladroite voire brutale…
Il sanctionnait parce que la mère lui rapportait que le petit Michel n’avait pas été gentil et le père se déchaînait… il se retrouvait puni dans sa chambre et  la punition se prolongeait jusqu’à ce qu’il vienne demander pardon… pardon non pas à son père mais à sa mère… à genoux le plus souvent… et puis tout pouvait recommencer, les petits matins,  lové dans les bras de sa mère… c’est là qu’il se vengeait de son père.
Les frères et sœurs ne subissaient jamais la violence du père…
Il n’était vraiment pas comme eux, ni comme les autres enfants du quartier. Il avait des rêves, des rêves que ses anges lui soufflaient à l’oreille… et puis cette joie de vivre, cette énergie qui le submergeait et qui lui donnait la force d’oublier, de pardonner. 
Et puis il y avait eu ce fameux jour plus violent que les autres… sa mère n’avait pas voulu l’entendre, l’avait enfermé dans la chambre… le père était rentré, s’était déchaîné plus que les autres fois.
Il avait voulu demander pardon et il avait été rejeté. Et le silence s’était installé pesant, la chambre des petits matins était devenu zone interdite, ses frères et sœurs ne lui adressaient plus la parole, le tout orchestré par la mère.
Et la guerre du silence s’était prolongé… il se sentait désarmé, impuissant… après plusieurs tentatives de pardon sans écho, elle avait fini par accepter, lui à genoux suppliant avec un petit cadeau, elle le recevant de manière très distante…
Son père lui avait dit « j’espère que tu as compris  et que tu vas arrêter de dire des conneries »
Il avait répondu un oui timide, apeuré et était retourné dans sa chambre.
Cette chambre allait devenir sa cellule dans laquelle il se retirait du monde tel un moine coupable sous le joug d’un Dieu vengeur.  
Quelque chose en lui s’était brisé… il était devenu apathique, triste, mélancolique… sa joie avait disparue… il avait de lui-même renoncé aux douceurs matinales. 
Il s’était mis à marcher sur des œufs, à se méfier, à épier… fini les cours de danse, fini les billes… il rasait les murs pour ne plus faire de vagues… il s’était mis à rougir dès qu’on lui adressait la parole, ne savait pas quoi répondre sans bégayer… même ses rêves avaient disparu… ils les avaient rejetés, enfouis au plus profond de lui-même pour écarter tout danger.
« Bravo, beau travail, tu es remonté jusqu’à la source » lui dit la petite voix.
« Merci » dit Michel comme abasourdi…
« La vie te sourit, Michel » ajouta la petite voix
« Vite dit… »  rétorque Michel
« Tu as  encore des doutes ? » reprit la petite voix
« Mais pourquoi le cacher, je crois que je m’étais habitué à vivre avec … j’ai peur de ce qui m’arrive, j’ai peur de ne pas y arriver, j’ai peur de ne plus être à la hauteur »

Eddy

1 commentaire:

  1. Eddy pour moi il y a trop de non-dit pour que je puisse comprendre l'histoire. C'est dommage parce que j'ai l'impression que tu caches une histoire vraiment interessante. Pourquoi la cacher?

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