Jalousie ou égoïsme. Pourquoi lorgner la part du voisin ? Pas la vraie part de gâteau, pas le plus beau morceau de viande dans l'assiette d'à côté mais la situation sociale. Je ne jalouse pas, je me projette ! Comment ce serait d'être cet autre ? Tu me blâmes ou tu me félicites de cette envie ?
Tout commence souvent par le physique. Des gens mieux faits que les autres, comme on le dit pour les fromages. De suite, je me mets dans leur peau, je veux connaître le fonds de leurs pensées, leurs manières d'agir, je veux leur place en ce monde. Fini d'être le freluquet de service. Je veux sortir de ma coquille et exhaler la certitude. C'en est fini des doutes.
Tu es cet homme et tu fonces. Tu écrases les procrastinateurs. Tu pisses sur le monde comme ils disent dans le film à la mode. Alors tu refais le chemin. Il commence dès la plus tendre enfance. Tu ne rêves pas de spectacles sons et lumières gigantesques au fond de ta chambre ; tu es dans la rue, tu joues à la grosse voiture. Pas de temps à perdre, tu en imposes, la taille n'est pas en jeu, tout est question de tempérament. Si tu réfléchis, tu ne te souviens pas d'avoir posé toutes ces questions à tes parents quand tu n'avais que quatre ans. La curiosité n'est pas ton fort. Elle ne te rapportera pas d'argent.
Surtout, tu ne joues pas à la speakerine avec tes copines derrière la grande vitre des toilettes pour filles. D'ailleurs, tu n'as pas de copines. Ce sexe là te servira plus tard, tu le sais, tu attends, tu joues à la balle. Tes copains attendent de toi que tu joues à la balle. C'est une fine manière d'écraser les autres. Ça prend plus d'ampleur dans la cour de récré quand tu dessines ton terrain à la craie que quand il observe les fourmis au pied des arbres, en toutes saisons. Tu ne réponds jamais aux questions des profs, pas spontanément. Si tu y es contraint, tu montres un air détaché. Souvent, tu fais rire les petits camarades. Ton intervention se doit d'être surprenante. Ça doit casser le petit ronron. De retour dans le lotissement, tu montes sur ton vélo. Tu parades. Il n'y a personne mais tu parades. On ne sait jamais. D'ailleurs, ce sera ton leitmotiv. Faire le beau, toujours, au cas où. Les interrogations sur ce que les autres vont penser de toi, tu les laisses aux faibles. Tu fonces. Pas besoin d'atermoiement, pas besoin de réflexion, tu fais, tu vois après. On te propose un détour. Tu acceptes, tu n'es pas froussard comme ces tapettes. Il y a une cabane, tu fumes ta première clope. Tu grandis encore. Refuser cette clope, c'était décliner. Toutes les opportunités d'aller voir ailleurs, tu les saisis. Tu avances, ta mère s'efface à chaque bouffée. Quand tes deux potes t'emmènent au potager, tu flaires la virilité. Tu ne l'observes pas. Tu l'amplifies. Tu ne regardes pas ton copain pisser, ou seulement pour comparer la manière et les dispositions. Apprendre d'un peu plus caïd, s'affirmer. On te laisse seul avec les grands-parents. Tu ne fais pas ton petit enfant sage. Tu en profites. Tu ne vas tout de même pas te tenir bien à table à 9 ans. Tu rates la soupe. Tu n'aimes pas les gésiers. Tu préfères les frites.
Première panne de scoot, tu répares, tu ne restes pas comme un flan devant le gouffre de la réalité mécanique. Les mains graisseuses, tu les aimes en vrai, pas sur les calendriers. La vérité des bielles est bien plus prégnante que leur littérature.
Nolimette
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