Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

FIN DU MONDE


(Eddy) Ce matin je n’ai envie de rien. Le simple fait d’entendre la pluie claquer sur les volets de ma chambre m’attriste, me désespère. Je me sens vide. Même pas envie d’allumer la lumière... simplement me glisser sous ma couette pour me préserver des bruits de l’extérieur et laisser faire, m’abandonner.

(Pixel) On sonne à la porte. Je n’attends personne, donc je fais le mort. Ça peut bien attendre. Nouveau coup de sonnette, plus insistant. Décidément il faut que j’y aille. Entièrement nu mais muni de mes lunettes, je jette un œil au judas. C’est le gars de l’EDF. Il attendra une prochaine fois. Après tout je ne suis pas obligé d’être chez moi. Allez, sous la couette.

(Souris) Il faut que la vérité soit dite. Depuis huit jours cet état de non-vouloir, cet à-quoi-bon général s’est emparé de moi. Huit jours. Ma vie jusque là si calme et régulière a basculé. Ou plutôt je me suis trouvé  brusquement à l’orée de nouveautés tellement bouleversantes que je suis anéanti. Plus rien ne compte vraiment. Il me faudra pourtant prendre des décisions, et des décisions bigrement importantes. Mais je me sens comme au pied d’une montagne de sable qu’il faudrait déplacer. Par où commencer ? Alors le gars de l’EDF, quelle importance ?

(Nolimette) En regardant par la fenêtre, je constate que la ville n’est plus que cendres. Le gars de l’EDF n’était en fait qu’un robot de chez Veolia envoyé pour me faire changer d’opérateur d’électricité. Il a été programmé avant les événements et il est venu malgré tout. Cette machine n’est pas du genre à se laisser abattre par un accident de cette ampleur. Elle continue de prospecter. Je continue de contempler mon ancien univers à travers les ruines. Je devine l’immeuble d’en face sous le lac qui s’y est formé. Des larmes viennent perler au coin des yeux.

(René-Vivian Cédrine) C’est décidé, demain je sors enfin. Après avoir longtemps repoussé l’échéance, demain je me mettrai en quête d’eau, de nourriture et de survivants. Je ne dois pas être, il ne faut pas que je sois le dernier homme sur terre. J’essaie d’éviter de me demander pourquoi ma maison a été épargnée par l’apocalypse, pourquoi je suis encore là alors que le monde s’éteint. J’ai peur des réponses. J’ai peur de l’évidence. J’ai peur d’apprendre que la mort s’est emparée de moi, que je vis mon enfer et que mes fautes passées ne m’envoient que des robots sans âme dans une ville morte. On sonne à la porte. Un androïde froid vient me proposer une nouvelle cuisine.



Relecture : Dragibus

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