Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.


Est-ce vraiment de la chance d'être né en France ?
D'avoir été élevé à la baguette et au Banania.
De connaître les deux mers comme un pont entre Finistère et Menton.
De parler une langue si mélodieuse et chargée d'amour.
De se flageller sur notre passé colonial.
De parcourir la côte d'Opale et les Cévennes dans un même rêve.
De vivre une histoire longue et qui n'en finit plus.
De se lamenter sur nos sorts d'êtres non mondialisables.
De pouvoir lire Rabelais et Bovary dans le texte.
De fuir Paris comme une autre contrée.
D'aimer le même qu'ailleurs on ne peut toucher.
D'avoir compté l'Afrique comme départements.
De contempler le Rhône depuis Réattu rhabillé par Lacroix.
De mourir à 98 ans dont 65 de veuvage non souillé.
D'aimer notre empire défunt comme une délicieuse illusion.
De croire encore en une démocratie bâclée, rudoyée et meurtrie.
De faire avec douze mots, des phrases au rythme clair.
De chanter un hymne national guerrier comme la mort.
De balancer les hanches en cadences chaloupées sur nos îles du bout du monde.
De convaincre les Alliés de repousser une fois de plus nos derniers fantômes.
De protéger la veuve et l'orphelin, surtout en Somalie.
De monter en épingle le moindre fait divers.
D'apprendre la mort de Mitterrand dans un avion pour le Mali à l'aube de 13 printemps.
De s'inscrire en généalogie comme fille aînée d'une immense assemblée.
De faiblir dans la course à plus de beauté.
De recentrer nos charmes sur les filles allégées.
De réussir à croire que nous ne sommes pas xénophobe.
De fantasmer notre patrimoine comme une coqueluche légendaire.
De border nos rivages de lumières célestes.
De porter un regard centré sur notre phallique nombril parisien.
De s'amuser sur des plages fictives en bord de Seine.
De fumer dans les trains comme par provocation.
De limiter nos routes par contradiction.
De borner nos rêves aux nuances cartésiennes.
De pratiquer la politique comme sport national.
De défiler chaque 14 Juillet comme sur la place Rouge aux heures soviétiques.
D'humer les contours de nos chairs.
De défier l'Amérique avec nos grands avions gracieux.
D'examiner l'impôt comme somme négligeable.
De dresser des listes comme scientifiques et poètes, inventaires et proverbes.
De plaire à tant d'asiats en mal de lux(ur)e.
D'imaginer Tanger comme un doux paradis.
De cerner mon espace avec des thuyas.
De changer ma monnaie pour des billets sans tête.
De ressembler à l'autre sans tout à fait y croire.
De manquer d'air tragique au théâtre comique.
De savoir exprimer un avis sur tout.
De sonder le captif et citoutoutoyen.
De posséder des terres où raisinent les grappes.
De libérer les fantasmes de la Perfide Albion.
De sentir à chaque phrase la nausée monter.
Oui vraiment, n'est-ce pas de la chance ?

Nolimette

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