Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Chapitre 1

Il y a des jours où….Michel assis sur un banc, au bord de la Seine, n’a de cesse de répéter cette phrase….Elle lui tourne dans la tête depuis plusieurs jours sans pour autant aller plus loin…Elle apparaît comme surgie de nulle part, lui semble-t-il, et s’arrête toujours à où ?
Et même s’il essaie de prolonger une réflexion au-delà du où, tout de suite, il se voit plongé dans un gouffre…un peu comme un écrivain devant sa page blanche…
C’est pourquoi il est venu s’asseoir sur ce banc face à la Seine….c’est un endroit qu’il affectionne beaucoup…c’est là, dit-il à ses amis, qu’il vient se poser et se ressourcer…
Voir l’eau couler l’apaise et lui permet de trouver des réponses aux questions qui lui trottent dans la tête.
Mais ce jour là, assis sur son banc, depuis deux heures déjà, cette phrase n’a de cesse de le hanter.
Il a bien essayé de parler avec quelques passants, gens de connaissance qu’il côtoie régulièrement assis sur son banc ou des inconnus de passage qu’il accroche par un sourire et un « c’est beau Paris » mais rien n’y fait…il a même tenté d’en accrocher quelques uns par « il y a des jours où » espérant enchaîner une suite tant attendue comme pour déjouer le mauvais sort. Mais sa phrase s’est arrêtée sur le où, le laissant sans voix face à ses interlocuteurs qui surpris, reprennent leur chemin en marmonnant quelques mots qu’il  préfère ne pas  entendre. 
Il ferme les yeux pour se lancer dans une méditation….ce n’est déjà pas facile pour lui à pratiquer en temps ordinaire mais aujourd’hui c’est impossible…
Elle est là, cette phrase, elle le nargue, elle le harcèle…
« Il y a des jours où, il y a des jours où, il y a des jours où… » ? Il a beau crier stop dans sa tête…elle reste là pesante, accusatrice, le montrant du doigt.
Lui qui a arrêté de fumer, il y a quelques années, se surprend à demander une cigarette à une femme blonde. Elle lui offre gentiment une Marlboro avec du feu…il  tousse en l’allumant, elle rit, il sourit en se justifiant….Elle le regarde d’un air complice et s’éloigne en lui disant « il y a des jours comme cela ».
Il la regarde disparaître interloqué par les mots de la jeune femme. Elle a bien dit « il y a des jours …. ». Il n’arrive pas à retrouver la suite…c’est pourtant simple, il ne peut pas avoir déjà oublié, elle vient à peine de le quitter….
Elle a dit «il y a des jours… »  vide dans sa tête….il se répète la phrase «  il y a des jours…. » lorsque resurgit comme dans un grand éclat de rire « il y a des jours où ». Non,  ce n’est pas cela, dit-il dans un cri de désespoir.
Il fait quelques pas, tire comme un malade sur cette cigarette et dans les volutes de fumée, il semble voir se dessiner « il y a des jours où »…
Il revient s’asseoir, tape du pied, se frappe les cuisses…quelques passants le regardent affolés et s’écartent de Michel….
Il crie, hurle « Stop, stop, stop ». Les passants se retournent et s’enfuient comme s’ils fuyaient un pestiféré.
Il se dit qu’il va devenir fou à se prendre la tête comme il le fait….qu’il ferait mieux de rentrer, prendre un bain chaud ou plutôt non, aller au sauna, transpirer un bon coup et se faire masser.
Oui c’est cela, c’est ce dont il a besoin…et puis à peine a-t-il décidé de courir s’enfermer dans la chaleur tiède du hammam qu’il sent un flot de larmes l’envahir….
C’est alors qu’il se met à pleurer à chaudes larmes, pétrifié sur ce banc….ses larmes semblent gonfler la Seine, agitée et trouble à la fois comme il l’a rarement vue.
Et entre deux spasmes que rien ne peut arrêter, il entend cette petite voix lui susurrer à nouveau « il y a des jours où ? »

Eddy

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