Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

Ce jour si bleu de l'été, alanguie, sereine, mélancolique à raison, tu lis. Ce roman fleuve, cet univers viennois début de siècle, ces vies éloignées de la tienne. Tu oublies tes morts pour t'approprier ceux-là. Ce mitan de l'été t'annonce encore de belles semaines, des questions, des voyages, ces lectures enivrantes à savourer lentement, chaleur écrasante. La torpeur a-t-elle raison de tes engagements ? L'oubli des autres et de soi semble à ta portée. Les conditions sont nombreuses, ici seulement rassemblées.
Tu es arrivée tôt. Personne encore ne vient perturber ton esprit éveillé par une nuit bruissante. Les tracteurs moissonnent les déchets abandonnés par tant de corps, laissent de longues et sinueuses lignes parallèles, prêtes aux semis. Tu comptes tes pas sur l'hyperfluide. Tu saisis les grains jaunes qui se faufilent entre tes doigts, toujours émerveillés par l'effacement, la disparition si brutale, l'abandon et le mélange. Métaphore de ce lieu ? Il y a la présence de cette vaste plaine salée, pendant à ces mirages d'eau. Bateaux ; buissons. Arbre ; mat.
Les corps défilent, commencent les jeux de regard. Les moi-s s'imposent. Fascination. Ce que tu rejettes ailleurs, ici tu le savoures. Tu mattes sans pourtant oublier ta Vienne impériale. Quelques conversations te parviennent. Les amis se retrouvent. Des couples se forment. Les chiens suivent.
L'eau te tente. Froide pour d'autres, tonique pour toi.
Vos tenues ressemblent à celle des auteurs libérés qui vont se baigner sans maillot. Tu revois ces clichés noirs et blancs de grands anglo-machins qui prouvent leur liberté par la tenue. Joyce ? Durrell ? Un cercle des Adams disparus.
Ta posture se cambre. Le livre finit au bout de tes bras, comme porté aux nues. Il te sert d'écran avec le soleil. Tu ne vois plus que lui. Est-ce qu'on te regarde? Les parasols observent. Les cadavres brunissent. Un coureur arrive, tout en muscles blancs, plein de dédain pour les allongés.
Au loin, près d'une crique, tu le retrouves à la baignade, son corps exulte en sortant des flots. Le dédain ne l'a pas quitté. Ton sourire intérieur te protège de ses attaques, moins vives en définitive que les rayons de l'astre cuisant. La ballade se poursuit entre terre et eau. Tu rayonnes. Les mots échangés sont rares. La parade est muette. Tu reviens à la serviette. Les pages sont encore là, pleines de promesses. Les mots et les corps se confondent. Tu n'arrives pas à séparer ces deux inactions.
Si le matin t'avait vu danser, l'après-midi t'oblige aux postures. Tu ne peux plus chanter à ta guise, esquisser une chorégraphie végétale sans attirer les sarcasmes. Tu repenses à cet homme qui répétait des pas sur le quai du dernier métro. Tout absorbé par son univers, il était bien présent mais inatteignable. Quand vos regards étaient de trop, seuls les voyeurs étaient troublés.
Tu montes sur la dune, observes le lointain, assures tes arrières. Des bouts d'hommes émergent de la nature, certains dans le bleu, d'autres dans le vert. Parcelles anatomiques découpées par les éléments. L'ivresse du regard, jamais tu ne la ressens aussi intensément que dans ce lieu. Un regard vague, des images pauvres, des paysages de carte postale, une lumière criarde, qu'importe! s'ils apportent la sérénité.
Le plus ici provient du je(u). On contourne les règles. Le savoir-vivre s'adapte mais l'été finit.

Nolimette

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