Les textes que vous allez trouver sur ce blog sont l'œuvre d'un atelier d'écriture à distance : Télé-Graphe. Les personnes qui y participèrent ne se connaissaient pas entre elles. Elles ont individuellement été contactées par l'animateur et ne connaissaient que les pseudos choisis par les autres. En début de mois, une consigne d'écriture (un déclencheur) était proposée par l'animateur... et chacun s'est lancé à sa façon. En Juin 2012, une rencontre a permi aux "télé-graphistes" de faire connaissance et vivre un partage en direct.

DU POISON COMME SUCRE


(Dragibus) Ce matin je n’ai envie de rien. Il fait encore gris et froid, j’en ai vraiment marre. Le gamin de la grosse du dessus a encore chialé toute la nuit. J’ai soudainement envie de tuer quelqu’un. 


(Eddy) On sonne à la porte. Pas vraiment envie d’ouvrir. On insiste. Envie de crier « Foutez-moi la paix ». J’ai envie de dormir et je ne veux voir personne. On insiste. Je vais ouvrir en trainant les pieds et en râlant.  C’est ma mère. Surprise !  
- Que veux-tu ?
Elle me répond : « J’essaie de te joindre depuis hier soir et ton téléphone sonne toujours occupé. J’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose. Je peux entrer ? ».
- Oui, excuse-moi, maman... Je ne comprends rien à ce que tu me dis. Je n’ai pas bougé depuis deux jours. Tu veux un café ?
Elle ne me répond pas, comme toujours. Elle me force à répéter. Elle me fatigue.


(Pixel) Il faut que la vérité soit dite. Cette habitude de s’inquiéter de tout à mon propos devient pesante, même étouffante. Je n’ai plus quinze ans et je voudrais bien avoir un  peu d’espace pour respirer. Je ne vois pas quel événement dramatique pourrait justifier cette inquiétude permanente. Je n’ai de cesse de le répéter mais peut être ne suis-je pas assez persuasif pour une mère débordante d’amour.
- Maman, veux-tu un café ?


(Souris) En regardant pas la fenêtre j’aperçois sa petite twingo blanche garée en double file. Et bien sûr, juste derrière, un homme de bleu vêtu est en train de remplir son carnet de contravention en notant les références de la plaque d’immatriculation maternelle. En voilà une qui n’est pas volée. Mon sens de la famille devrait m’inciter à prévenir ma génitrice-protectrice-inquisitrice qu’elle aurait intérêt à redescendre sans délai. Mais ce matin je ne suis pas d’humeur à prendre les choses en main. Inch Allah ! 
- Maman, je te fais un café ?


(Nolimette) C’est décidé, demain je la tue. Ça n’a que trop duré cette inquiétude à propos de rien, toute cette surprotection. Elle m’a infantilisé pendant quarante deux années, je n’en supporterai pas une de plus. Reste à décider la manière. Mort violente, maquillage de mort pendant le sommeil, attentat dans le métro alors qu’elle m’amènera pour la dernière fois au BHV ? J’avoue j’hésite. Peut être que j’irai plutôt voir mon psychanalyste.
- Mon chéri, tu me fais un café ?


Relecture : René-Vivian Cédrine

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